
Certains témoignages sont plus difficiles à entendre que d’autres. Celui de Francine est de ceux-là. Maman de Camille, qui a rejoint les étoiles en octobre 2023 à l’âge de 23 ans, elle a accepté de prendre la parole dans notre série Face au cancer. Non pas pour raviver une douleur, mais pour que le combat de sa fille continue d’avoir un sens. Pour que personne ne détourne le regard.
Le 8 janvier 2014 : le premier diagnostic
Camille a 14 ans quand tout bascule. Des douleurs abdominales, une visite aux urgences pédiatriques, et un diagnostic qui tombe comme un coup : une tumeur maligne au niveau des ovaires. La famille est orientée vers Gustave Roussy, l’un des premiers centres de lutte contre le cancer en Europe.
Ce qui suit est un combat long et éprouvant. Une première opération très lourde pour retirer la tumeur. Trois cycles de chimiothérapie. Des années de traitement, de surveillance, de reconstruction. Et puis, en 2019, ces mots que toute famille espère entendre : Camille est déclarée guérie.
La reconstruction : retrouver un avenir
Après la maladie, Camille se reconstruit. Pas facilement — Francine le dit avec lucidité. Mais avec une détermination qui lui ressemble. Ancienne grande sportive, elle se projette dans l’événementiel. Elle a des projets. Elle a un avenir. Elle avance.
En 2018, elle s’inscrit pour la première fois à la course Enfants sans cancer. Ce moment marque un tournant. Camille mesure l’importance de se mobiliser, de collecter des fonds pour la recherche. Elle qui a vécu la maladie de l’intérieur choisit d’en faire un combat collectif.
« Go, fight, win. C’était devenu le credo de Camille, ce qui lui permettait d’avancer. »
Octobre 2022 : la rechute
Puis vient octobre 2022. La vie bascule à nouveau. Un nouveau cancer, cette fois agressif et inopérable. Ce que redoute chaque famille qui a traversé la maladie — et que l’on espère ne jamais voir arriver — devient réalité.
Camille entre dans un combat d’une violence inouïe. En janvier 2023, les médecins annoncent l’entrée en soins palliatifs. On lui donne quelques heures, quelques jours. Elle se bat. Elle tient. Elle choisit, à chaque instant, de vivre.
« À ce moment-là, il est urgent de vivre », dit Francine. Ces mots résument tout. Quand le temps se compte en jours, chaque heure devient précieuse. La famille se soutient. On crée des souvenirs. On profite de chaque moment ensemble.
« Il est urgent de vivre. Il ne reste pas beaucoup de temps. Il faut qu’on puisse en profiter. »
La course Enfants sans cancer : le dernier combat de Camille
En 2023, malgré l’épuisement, malgré la maladie qui avance, Camille veut participer à la course Enfants sans cancer. C’est sa sixième édition. Elle est très fatiguée. Mais elle y tient — profondément, viscéralement.
Elle court. Elle montre que l’on peut se battre jusqu’au bout. Que la mobilisation pour la recherche n’est pas une option, c’est une nécessité. Quelques jours après la course, Camille s’éteint. Elle avait 23 ans.
Ce dernier geste dit tout de qui elle était. Une jeune femme qui, jusqu’à ses dernières forces, a choisi de se tourner vers les autres. Vers ceux qui viendront après elle. Vers les enfants qui, demain, recevront un diagnostic et qui méritent de meilleures chances que celles qu’elle a eues.
La rechute après guérison : une réalité encore trop peu connue
Le parcours de Camille soulève une réalité que l’on évoque trop rarement : la rechute après guérison. Si aujourd’hui environ 80 % des enfants atteints de cancer guérissent, certains voient la maladie revenir, parfois des années plus tard, sous une forme différente et souvent plus agressive.
Les séquelles des traitements pédiatriques — chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie lourde — peuvent également fragiliser l’organisme sur le long terme et augmenter certains risques. C’est pourquoi la recherche ne s’arrête pas à la guérison. Comprendre ce qui se passe après, surveiller, anticiper, développer des protocoles moins toxiques pour les jeunes organismes en développement : voilà des enjeux auxquels Imagine for Margo consacre une partie de son action.
Ne pas détourner le regard
Francine porte la parole de Camille avec une dignité qui force le respect. Elle aurait pu se taire. Se refermer sur sa douleur. Garder cette histoire pour elle. Elle a choisi de témoigner — parce que c’est ce que Camille aurait voulu.
« Ce qui est important, en soutenant des associations comme Imagine for Margo, c’est sensibiliser à la cause et faire en sorte que, comme c’est un sujet difficile, on ne détourne pas le regard. »
Ne pas détourner le regard. C’est peut-être la chose la plus difficile que l’on puisse demander face au cancer pédiatrique. Parce que c’est douloureux. Parce que cela nous rappelle notre propre vulnérabilité. Parce que l’on préférerait croire que cela n’arrive qu’aux autres.
Mais Camille était une fille comme les autres. Sportive, pleine de projets, pleine de vie. Et c’est précisément parce qu’elle était comme les autres — parce que n’importe quel enfant peut être touché — que ce combat nous concerne tous.
Soutenir Imagine for Margo, c’est refuser de détourner le regard. C’est choisir d’agir, même modestement, pour que la recherche avance. Pour que moins de familles vivent ce que Francine et Ludovic ont vécu. Pour que le credo de Camille, emprunté à celui de Margo — Go, Fight, Win — ne reste pas un vœu, mais devienne une réalité pour tous les enfants malades.
Pour Camille. 2000 — 2023.