« Il y a une armée de l’ombre qui travaille pour vos enfants ». Au centre de recherche en cancérologie de Marseille, Eddy Pasquier dirige une équipe entièrement dédiée aux cancers pédiatriques. Directeur de recherche au CNRS, il travaille chaque jour sur les tumeurs du système nerveux — parmi les plus difficiles à traiter chez l’enfant. Il a accepté de nous parler de son travail, de ses convictions, et du message qu’il adresse aux familles.
Trouver le bon traitement pour le bon patient
L’équipe d’Eddy Pasquier a une approche particulière : elle part du médicament pour remonter vers le mécanisme.
« Notre approche consiste à partir vraiment du médicament pour trouver des molécules efficaces sur ces tumeurs, puis à comprendre comment ce médicament fonctionne et qu’est-ce qui fait que cette cellule tumorale est sensible à ce traitement. »
Concrètement, le laboratoire pratique ce qu’on appelle des criblages : dans une même boîte de 384 puits, jusqu’à 50 molécules différentes peuvent être testées simultanément. En quelques heures, des dizaines de combinaisons sont évaluées. L’objectif : identifier les médicaments les plus prometteurs, mais aussi les biomarqueurs qui permettront de cibler les patients les plus susceptibles d’y répondre.
Car c’est l’un des problèmes majeurs en oncologie pédiatrique : chaque tumeur est différente, chaque enfant réagit différemment.
RADIOMEDSCREEN : amplifier la radiothérapie pour mieux traiter le médulloblastome
Parmi les projets portés par l’équipe, RADIOMEDSCREEN occupe une place centrale. Eddy Pasquier en est le principal investigateur, en collaboration avec Célio Pouponnot de l’Institut Curie.
Le médulloblastome est la tumeur cérébrale maligne la plus fréquente chez l’enfant. Aujourd’hui, la radiothérapie fait partie des traitements de référence — mais son efficacité reste souvent limitée dans le temps, et ses effets sur le développement de l’enfant peuvent être lourds à long terme, en particulier sur le plan intellectuel.
L’objectif de RADIOMEDSCREEN est de trouver des médicaments capables d’amplifier les effets de la radiothérapie sur ces tumeurs. En augmentant l’efficacité du traitement, on peut espérer réduire les doses de rayonnement administrées — et donc diminuer les séquelles.
« On va tester des médicaments qui seront à la fois capables d’augmenter l’efficacité de la radiothérapie et donc permettre de donner des doses inférieures aux patients, et ainsi diminuer, on l’espère, les effets secondaires liés à la radiothérapie. »
Ce projet a été sélectionné lors de l’appel à projets Fight Kids Cancer 2024.
Fight Kids Cancer : la recherche sur les cancers pédiatrique à l’échelle européenne
Fight Kids Cancer est un appel à projets européen lancé en 2020 par Imagine for Margo (France), la Fondation KickCancer (Belgique) et la Fondation Kriibskrank Kanner (Luxembourg), en collaboration avec l’ESF — European Science Foundation — et un comité d’experts scientifiques internationaux.
Le modèle est unique : il permet de mutualiser les ressources de plusieurs associations nationales pour financer des programmes de recherche ambitieux, évalués par des pairs au niveau européen. Depuis 2023, deux nouvelles organisations ont rejoint l’initiative : Cris Cancer (Espagne) et KiKa (Pays-Bas). Fight Kids Cancer compte aujourd’hui 5 pays membres.
En septembre 2026, ce sont plus de 50 millions d’euros qui auront été engagés en cinq ans, répartis sur 46 programmes de recherche — tous consacrés à la première cause de décès par maladie des enfants en France et en Europe.
RADIOMEDSCREEN s’inscrit dans cette dynamique. Sa sélection valide à la fois la rigueur scientifique du projet et sa pertinence pour les enfants atteints de médulloblastome.
Rendre les traitements accessibles contre les cancers pédiatriques partout dans le monde
Au-delà des tumeurs cérébrales, l’équipe porte un engagement plus large. La majorité des enfants atteints de cancer vivent dans des pays en développement, où les traitements actuels ne sont pas accessibles. C’est une réalité que l’équipe prend en compte directement dans sa recherche.
« On travaille beaucoup avec des médicaments déjà existants. Une partie d’entre eux ne sont plus brevetés, donc disponibles sous forme générique, à très faible coût. Ça nous permet de développer des traitements qui pourront être transférés vers ces pays, avec la même efficacité. »
Ce travail, codirigé avec Nicolas André, place l’équité d’accès au cœur de la recherche — pas comme un objectif secondaire, mais comme une contrainte de départ.
Les cancers pédiatriques en France : une réalité qui exige une réponse collective
En France, 2 500 enfants et adolescents reçoivent un diagnostic de cancer chaque année, soit près de 7 par jour. Les tumeurs cérébrales représentent l’une des formes les plus fréquentes et les plus difficiles à traiter. Malgré des décennies de progrès, les protocoles pédiatriques restent encore trop souvent calqués sur ceux développés pour les adultes, avec des ressources de recherche insuffisantes pour répondre à la spécificité de ces cancers.
C’est là que les associations jouent un rôle que les institutions publiques ne peuvent pas assurer seules.
Imagine for Margo, là où la recherche décolle
Les grandes institutions de financement n’investissent que dans des projets déjà matures, avec des données préliminaires solides. Ce sont les associations comme Imagine for Margo qui prennent le relais pour les projets innovants encore à leurs débuts.
« Les associations comme Imagine for Margo sont indispensables pour l’initiation des projets. Elles viennent remplir ce rôle pour des projets qui n’ont pas encore pu être initiés, qui sont très innovants, et qui vont nous permettre de décoller. »
Pour les personnes qui souhaitent agir sans savoir comment, il a un message simple : rapprochez-vous d’Imagine for Margo. L’association est au plus proche des besoins des chercheurs, et chaque don sert directement à financer ces premières données qui ouvrent la voie aux traitements de demain.
« Vous n’êtes pas seuls »
Eddy Pasquier conclut avec les mots qu’il adresse directement aux familles touchées par la maladie :
« Je sais qu’au moment du diagnostic, on peut se sentir très seul. Mais sachez qu’il y a une armée de l’ombre qui travaille pour améliorer les traitements pour vos enfants. Chaque jour, chaque semaine, on progresse petit à petit pour faire en sorte qu’il y ait de moins en moins de patients qui succombent, et que les traitements soient de moins en moins néfastes à long terme. »
Des centaines de chercheurs en France, des milliers dans le monde. Tous mobilisés. Tous engagés.
Vous pouvez l’être aussi.